La note qui suit est polémique, mais on ne peut toujours taire les questions de fond. Et tenter de comprendre, de décortiquer les causes des événements, ne veut pas dire justifier des actes inacceptables comme des enlèvements. Mais tout ne se résume pas comme on en a un peu l’impression à une lutte du bien contre le mal, tout deux bien identifiés.
Notre « indépendance » énergétique se fait en partie grâce à l’énergie nucléaire. Energie propre au sens de la production de CO2 (on peut certes objecter autour des déchets) et en France notre production est un fleuron national, exportable en ces temps de difficultés pétrolières. Et c’est probablement un choix nécessaire en l’absence d’alternative immédiate et crédible.
Mais il reste une dépendance dont on parle peu pour le nucléaire, c’est celle du combustible, l’uranium… qui n’existe pas chez nous.
Et c’est là que les choses se gâtent. Il faudrait mentionner que nos mines d’uranium en Afrique se trouvent, entre autres, dans deux des pays les plus pauvres du continent, et donc du monde : le Niger et la République Centrafricaine. Certes, ils ne sont pas pauvres à cause de nous directement, mais c’est un paramètre peut-être important quand le matériau nécessaire à notre bien-être en est extrait.
Et la vraie question est la suivante : les populations concernées en retirent-elles un bénéfice à la hauteur du confort que cela nous procure ? Ont-ils des écoles bien dotées, des enfants qui n’ont pas besoin de travailler, des logements décents, des moyens d’assurer leur sécurité, des infrastructures routières et industrielles permettant d’exploiter les revenus de leur exportation d’uranium, un système de soins pérenne, etc. ?
La réponse est contenue dans la question…
Comme par « hasard », nous, la France, jouons un peu aux gendarmes dans cette région, notre armée y est présente. Probablement pas uniquement pour des raisons humanitaires. On a évoqué dans la presse la protection de nos ressortissants, qui aurait été mal assurée par les exploitants miniers. Dur pour ceux qui ont été enlevés et leur famille et pour les autres qui y travaillent au quotidien, mais nous devrions poser quelques questions jamais évoquées dans ces occasions : se demande t-on sérieusement au quotidien en France dans quel contexte est extrait le combustible nucléaire qui nous éclaire ?
Probablement pas et pour dépasser les outils déclinants de la coopération Française à ce jour, nous pourrions peut-être réfléchir à des deals "gagnant-gagnant", entre autre avec ces deux pays... ce qui veut dire qu’il ne s’agit pas seulement d’offrir des contrats intéressants à des dirigeants qui n’ont le plus souvent pas l’intention d’investir dans leur pays mais dans les nôtres et pour leur usage personnel (les belles propriétés en région parisienne ?). Marchés de dupes pour le continent africain donc…mais qui en fin de compte nous arrange bien quelque part. Car si le niveau de vie montait vraiment, il est clair que les coûts d’extraction suivraient, avec mise en compétition et négociations d’un autre type. L'OPEP de l'uranium ? Verrons-nous les pays producteurs hissés à un niveau de ressources proche de celui des pays producteurs de pétrole.
Une anecdote. Lorsque j’étais directeur des Affaires Internationales de l’Institut Pasteur, en charge du réseau des Instituts Pasteurs, dont ceux du Niger (Niamey) et de Centrafrique (Bangui), j’ai vécu une crise « banale » : une turbine du barrage qui alimente Bangui est tombée en panne définitive, de vieillesse. Bangui a été plongée dans le noir et la panne a duré 6 mois…dans le même pays où nous avons continué sans problème à recueillir le précieux carburant qui nous permet de jouir d’une énergie permanente et pérenne…
A l’échelle d’un monde de plus en plus petit (le « Global Village »), ça mérite sans doute un peu de recul philosophique » et sûrement de rechercher s’il n’y a pas une forte corrélation entre notre attitude en général et les événements malheureux récents… Et des solutions à notre portée.

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