Le Nobel, Charpak, s’est éteint « tranquillement » à 86 ans !
Evénement public et médiatique s’il en est. Mais quelque chose m’a troublé en tant que professionnel de santé : sur sa mort à domicile, pas de commentaire de presse. Pourtant les avis, les remarques des amis et des proches sont unanimes : il a eu de la chance ; une chance pour lui ; au moins il n’a pas souffert ; il n’a pas enduré la mort à l’hôpital…
Le SAMU est venu, mais il était trop tard. Et moi, son fils et médecin, je me aussi suis dit tant mieux, car les précédents passages hospitaliers avaient été de plus en plus douloureux et invalidants, même si efficaces en « survie »... En ayant un peu honte.
Il y a là un vrai problème. Comment pensent les Français, que disent ils dans ce pays où aujourd’hui plus de 95% des gens meurent à l’hôpital ?
Le bon loto, ce serait de mourir chez soi, loin des services de réanimation et des médecins ?
Alors bien sur, dès qu’on avance sur ce terrain, on sent bien qu’on est en terrain marécageux… Il y a toutes les situations où le passage à l’hôpital a sauvé, évité des complications, etc. Et l’on est bien content d’en avoir réchappé.
Mais il y a aussi le reste. Les actes techniques surdimensionnés de fin de vie : chirurgie majeure, traitements intensifs et invasifs parce que plus personne ne sait quoi faire ni surtout quoi dire alors que la fin est inévitable. Et l'indifférence, l'infantilisation... par ceux qui baignent dedans en permanence et se concentrent avec conscience professionnelle sur "l'essentiel", et pas le superflu de l'accompagnement amical vers la sortie...
Le Haut Conseil de l’Assurance Maladie dans un rapport récent parle de « dérapage des soins en fin de vie ». L’Inspection Générale de l’Action Sociale, dans un rapport récent sur les soins aux personnes âgées, évoque les très nombreuses morts en transit dans les lits des services d’urgence, les « lits portes » (pudiquement, on évitera de parler de brancards dans les couloirs). On n’ose plus voir la mort arriver, alors ce qui compte c’est d’agir… on transfert les « patates chaudes », jusqu’au dernier souffle.
Les premiers à tirer les sonnettes d’alarmes ont été les cancérologues, qui ont stimulé le développement des « soins palliatifs », l'ouverture d’unités spécialisées dans le domaine de l’accompagnement de la fin de vie : quand, pour une personne malade, un jour, on reconnaît qu’il n’y a probablement pas d’espoir de guérir, alors on se concentre sur la qualité de la fin de vie. Pour une mort digne, que ce soit à l’hôpital ou à domicile. Progrès immense, mais ces unités restent assez rares.
N’est-il pas temps d’aller plus loin dans cette réflexions pour toutes les situations de fin de vie ? Et ne laissons pas ça aux seuls médecins, c’est une réflexion de société, une vraie : quelle mort voulons-nous ? Ca vaut bien un peu de dépense de matière grise ! Mon père a eu celle que probablement il souhaitait.

Mon cher Yves, j'ai comme tout le monde appris cette disparition qui prive le monde non seulement du grand scientifique qu'il était mais d'une voix
rayonnante, d'un esprit rationnel, du souci de transmettre ce savoir aux jeunes génération.
Nous avions encore besoin de lui dans ce monde en proie à l'obscurantisme et aux fausses sciences.
Avec toute ma sympathie,
Rédigé par : Jean LARROQUE | 16 octobre 2010 à 17:20
mon cher Yves,
je lis ton article avec 4 mois de retard , mais
l'émotion du jour J est encore très présente.
tout à fait d'accord pour reconnaitre qu'il était bien mieux chez lui dans son lit entouré des siens qu'à l'AP-HP.
tout à fait d'accord pour déplorer la déshumanisation des hôpitaux , conséquence directe du discours faciste de certains administratifs.
quand un patient SLA meurt dans mon service et que le lit reste inoccupé quelques jours, je prends un "carton rouge" pour baisse d'activité;
comme si l'accompagnement des malades (souvent jeunes) et de leurs familles n'était pas une activité .
je ressens très fort cette "montée du facisme" certains soignants zélés m'ayant même fait le reproche de prendre des malades qui ne rapportaient pas assez en T2A....comme si nous étions menacés de représailles imminentes.
rassure toi j'ai fait le ménage et des connards sont partis mais la menace plane toujours +++
l'année 2011 marque un cap, je ne suis pas certaine d'être renouvelée dans mes fonctions de chef de pôle ,car en prenant des malades lourds j'ai augmenté les dépenses médicales, au moment où on me demandait de les diminuer.
je te tiens au courant
bises BS
Rédigé par : Brigitte Soudrie | 12 février 2011 à 11:38