Ca revient sur le tapis régulièrement ces derniers jours : le web comme outil d'appel à des rencontres amicales, apéritives, alcoolisées... et improvisées. Un article de l'OBS version électronique nous raconte les derniers happenings ( Téléchargement Apéros géants à Montpellier et Nantes - Société - Nouvelobs.com) : Ces manifestations attirent des centaines, des milliers de personnes, et terrorisent les autorités, qui parlent même parfois de les interdire.
Certe, l'ivresse est au RDV, mais c'est dans l'air du temps, le "binge drinking", on boit pour être ivre le plus vite possible, peu importe la boisson. Nos enfants, ceux de nos amis, tendent à cette attitude et on a probablement encore rien vu : paradoxalement cette pratique, qui commence même assez tôt dans "l''enfance" (12-13 ans), s'est développé plus vite dans les sociétés du Nord de l'Europe et en grande Bretagne, où la culture de l'alcool n'est pas associée à celle des repas, que dans celles du Sud où l'alcool était plutôt dans le vin et sur la table à manger.
Mais l'harmonisation européenne est là en cours, sans que les institutions européennes y soient pour quelque chose, et les pratiques de nos enfants (les nôtres aussi ?) se rapprochent de celles des autres européens. Car ils ont accès à des informations plus mondiales que les nôtres.
Il faut dire que nous avons très bien accepté, l'année dernière, sans descendre dans la rue, que la publicité pour l'alcool soit autorisée sur internet.
Les professionnels de la santé publique et quelques autres sociétés savantes médicales se sont mobilisées, mais nos députés, nos ministres, ont laissé passer cette autorisation, véritable brèche dans le fameuse "Loi Evin", celle qui nous a sans doute protégés plus qu'on ne le croit, par son exemplarité et sa reconnaissance bien au delà de nos frontières.
Quels enjeux autour de cette publicité sur internet ? Le marché de l'alcool aujourd'hui n'a plus rien à voir avec le producteur artisanal de vin attaché à la qualité gustative de son produit.. Ceux qui écoulent les vrais volumes d'alcool ont des pratiques de marketing éprouvées : on vise entre autre les plus jeunes car c'est là que se trouvent les vrais marchés du futur. Alors on fait de la publicité très ciblée, adaptée, et le meilleur media aujourd'hui pour ces âges...c'est l'internet.
Il faut bien faire arriver jusqu'à eux, malgré les interdictions de leur parler directement, pour leur dire qu'on pense à eux : on sucre l'alcool, à faible dose au début, pour qu'ils ne soient pas dérangés par le goût, juste l'effet. Par exemple, il y a dans les pays du Nord (où l'auteur a vécu), des bouteilles de taille réduite, titrant 5°d'alcool, mais de forme identique à celles d'une boisson très forte, très connue et transparente, qui sont vendus près des caisses de supermarchés. Les parents achètent en passant, pour les petits qui on vu la pub pour les grands ! Et ils prennent l'habitude de la forme de la bouteille... Ca reste forcément.
Par ailleurs, pour ceux qui ont passé le cap, on renforce le taux d'alcool des boissons traditionnellement peu alcoolisées, car le marché est tout de même assis sur la dépendance, et à trop faible dose ça marche moins bien : les bières, par exemple, sont passées en routine à 10-12° d'alcool. Ou encore, comme le montre une récente campagne dans le métro, on propose une gamme complète, faible, medium et forte...
Toutes les variations de présentations sont imaginées, pour tous les alcools, et je suggère aux touristes amateurs au Danemark d'aller visiter un week-end la ville d'Helsingør (au Nord de Copenhague), situé à quelques kilomètres de celle d'Helsingborg en Suède : la variété des bouteilles d'alcool proposées à prix réduits aux Suédois qui traversent sur des ferries en rotation permanente en surprendra plus d'un. Et tout ça ne peut que stimuler nos publicitaires émérites qui ont enfin accès à un média adapté à un vrai marché toujours en expansion. Le sponsoring des beuveries de fêtes de grandes écoles n'ouvrait pas les mêmes possibilités.
On boit pour être ivre... mais il y a des accidents immédiats : le comas éthyliques et les atteintes hépatiques aigües sont vues chez des très jeunes, de plus en plus...La suite, les effets à plus long terme, on saura plus tard.
Pourtant, les organisations internationales sont très bridées par leurs organes de "gouvernance" internes (nos gouvernements) lorsqu'elles vont trop loin : la lecture des résolutions de l'OMS, des communications de la Commission Européenne, laisse un peu sur la faim ceux qui espèrent des prises de positions très tranchées.
Alors, la panique des décideurs publics en charge de la sécurité de nos ville va peut-être redonner un peu d'espoir dans une lutte très inégale aujourd'hui : il ne s'agit pas de prôner la prohibition (l'exemple des drogues illicites montre bien l'échec total de la méthode), mais des régulations fortes et protectrices sont nécessaires.

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