Dans un article paru sur leur blog, Jean-Yves Nau, journaliste et Antoine Flahault, chercheur, nous racontent que faute d'avoir vu spontanément apparaitre un nouveau virus très virulent et infectieux de grippe humaine, les chercheurs sont tentés d'essayer de le produire (ref). Il s'agit de combiner H5N1 et H1N1.
Il faut savoir que ce type de recherche se fait dans des laboratoires de haute sécurité, de niveaux ajustés au risque : Les laboratoires P4 (BSL4 en anglais), qui sont théoriquement très contrôlés et encadrés, avec implication "défense".
Et les laboratoires P3 (BSL3), qui eux fleurissent dans le monde entier et dans tous les instituts de recherche et hôpitaux universitaires. Les manipulation de la grippe s'y font couramment.
Si les conditions d'entrée dans ces laboratoires sont règlementées, sous surveillance vidéo, la sacro-sainte liberté des chercheurs fait que personne ne met son nez dans les expérimentations réalisées, personne d'extérieur ne discute leur légitimité. Le risque est laissé à l'appréciation des chercheurs.
Cela soulève plusieurs questions sensibles :
- Dans les institutions de recherche et les hôpitaux, l'accès est surveillé mais assez faiblement réglementé, et la surveillance vidéo ne peut empêcher une entrée malveillante dans un laboratoire où seraient entreposés des pathogènes dangereux, comme des virus recombinants préparés "pour voir", pour savoir si on y arrive... Aux USA, le sujet a été soulevé par des sénateurs devant la prolifération des P3, et certains campus s'organisent pour les isoler physiquement, avec un périmètre de sécurité gardé, afin d'éviter une intrusion malveillante. En Chine, à Shanghai par exemple, les autorités refusent tout laboratoire P3 à l'intérieur de la ville. En France, rien, et ça n'est pas un sujet de débat, pas visiblement en tous cas : par exemple à l'Institut Pasteur seul, il y a 15 laboratoires P3, en plein centre de Paris, éparpillés sur le campus sans regroupement permettant de les contrôler de façon centrale et réactive.
- Plus grave encore, où sont discutés en amont les choix d'expérimentation, qui les autorisent, comment être sur que certains ne jouent pas aux apprentis sorciers ? Cette question est tabou dans le monde de la recherche. Et pourtant il s'agit bien d'un enjeu de défense civile pour nos sociétés. Peut-être devrions-nous imposer une programmation a priori, à valider obligatoirement pas des instances "hors des murs" de la recherche.
En conclusion, à défaut d'avoir des pandémies "naturelles", ce qui frustre un peu les chercheurs qui les attendent, il se pourrait, comme le disent Jean-Yves Nau et Antoine Flahault, que certains chercheurs s'en chargent sans le vouloir...comme ça, en passant.

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