Des chercheurs, curieux de comprendre pourquoi nous ne sommes pas encore tous morts du virus de la grippe aviaire, ont crée en laboratoire un virus mutant qui serait potentiellement capable de se transmettre facilement au lieu de se contenter de passer de l’animal à un homme à la fois seulement, ne tuant donc que quelques centaines personnes dans le monde depuis son identification.
Pour l’instant on a donc deux situations : le virus grippal saisonnier, ou celui de la pandémie de 2009, le AH1N1, qui se diffusent dans le monde entier mais qui sont relativement peu dangereux (sauf pour ceux qui en meurent tout de même) et le virus des volailles, le H5N1, qui tue pas loin de 50% des personnes atteintes mais se transmet très mal dans l’espèce humaine.
Au lieu de se dire, chic, on va le laisser tranquille en surveillant sa diffusion, des chercheurs l’ont fait muter artificiellement pour comprendre ce qui lui manquait pour être une vraie bombe virale potentielle. Pour le bien de l’humanité et de la connaissance bien sur, car en comprenant comment la mutation se fait, on sait qu’elle est possible et que ça risque d’arriver. Petit problème : les recherches ont prouvé la possibilité de mutations mais ne donnent pas les clefs pour éviter que ça n’arrive ou pour ensuite lutter efficacement si la situation se présente.
Donc nous devrions être content et dire merci sans se poser de questions. Mais l’OMS s’inquiète des ces travaux. Et questionne leur légitimité (Tribune de Genève : L'OMS «profondément inquiète» par le virus mutant de la grippe aviaire). Avons nous légitimité à nous inquiéter aussi ?
Les chercheurs nous répondent que non, en proposant qu’éventuellement que les méthodes utilisées ne soient pas rendues publiques dans des publications scientifiques et qui nous affirment qu’ils contrôlent tout… (Www.20minutes.fr : virus-mutant-de-la-grippe-la-science-a-t-elle-fabrique-un-monstre-). Un peu prétentieux aussi, ils disent que seuls quelques laboratoires très spécialisés sont capables de faire ça, bien entendu tous membres de clubs très limités de chercheurs de la plus haute intégrité et tellement soucieux de la sécurité de l’humanité que rien de mal ne pourra arriver.
Or il y aujourd’hui plusieurs millions de chercheurs dans le monde, de plus en plus, et les investissements dans des laboratoires de recherche de bon niveau se sont largement mondialisés. Il suffit d’y mettre les moyens, et ces derniers sont aujourd’hui très diversifiés géographiquement.
Par ailleurs, la sécurité d’accès à ces laboratoires est réelle, mais assez limitée et bien moindre que celle que l’on impose à des millions de voyageurs pour monter dans un avion. Or il y a partout aujourd’hui des laboratoires de haute sécurité, ceux dans lesquels les recherches sur les pathogènes dangereux se réalisent, même au cœur de nos villes dans tous les gros centres de recherche (cherchez les P3 autour de chez vous). La sécurité est adaptée à un monde bienveillant, peu agressif, et consiste en général en une limitation de l’accès et de la vidéosurveillance, complétée d’outils de décontamination en cas d’accident constaté. Mais rien ne protègerait d’une réelle malveillance un peu organisée dans ces laboratoires, je m’en étais déjà ouvert à la commission d’enquête sénatoriale sur la gestion de la grippe H1N1.
Et même si la sécurité d’accès aux laboratoires était parfaite, doit on encore laisser les seuls chercheurs décider de la direction que prennent leurs recherches, quand de tels enjeux de société sont sur la table ? L'éthique de la recherche se limite t-elle uniquement à des enjeux moraux, culturels et religieux (les recherches sur l'embryon, les mères porteuses, les dons de gamètes...) ou de choix individuels (le consentement éclairé à la recherche) ?
Il y a dans ces recherches sur la création de nouveaux organismes potentiellement mortels des enjeux de consentement collectifs qui ne sont ni explicités ni en place aujourd'hui. Les plannings de recherche devraient faire l'objet d'une surveillance "démocratique", d'alertes et de contrôle de nos sociétés pour éviter des dérives qui pourraient être dramatiques.
Je sais que mes collègues chercheurs vont détester ces propos, mais il est peut-être temps de rediscuter la demande de liberté absolue des chercheurs, qui disent laissez nous faire, ayez confiance, c'est pour votre bien et vous ne pouvez pas comprendre, circulez il n'y a rien à voir...
Il est peut-être temps d’amener plus de citoyens et leurs représentants dans les instances de financement et de mettre en place plus de mécanismes de contrôle a priori de certaines activités de recherche.


On le sait, nombre de pays plus pauvres que le nôtre n'ont pas eu les moyens d'acheter des vaccins et des stocks d'anti-viraux contre la grippe A, y compris au sein de l'Union Européenne !
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